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AU-DELA DU BOSPHORE
l'entrée de la ville. Continuant mon chemin, j'atteins Limoges que je traverse à pieds. A midi, j'aborde la Corrèze avec un gars de
Barlin, le petit village minier du Pas-de-Calais où j'ai passé les vacances de l'année précédente chez la grand-mère de Jean-Marie. Au faîte d'une côte nous crevons. Une 404 blanche de la
prévention routière offre son aide. Tout va très vite. Le département du Lot est laissé derrière nous avec Brive et Cahors où les poils de mes bras blanchissent et se rétractent sous la
chaleur.
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e lendemain, une petite famille me
conduit en Andorre. La voiture prend la direction de la principauté en passant par la crête de l'Hospitalet perchée à 1436 m d'altitude. Là haut, c'est la fraîcheur. Quelques nappes de neige persistent encore.
Nous descendons de voiture et courons rejoindre les plaques en sautant les rigoles. Après une série photos, nous repartons pour le sommet où se dresse une grande
antenne émettrice de télévision.
poudre d'escampette pour atterrir-je ne sais où dans la vallée. Souriant, mais un peu vexé, il
en ressort un autre. La descente en lacets de Soldeu, Canillo et Encamp, s'effectue sur trente-cinq kilomètres. Nous passons sous la station de radio Andorre qui enjambe la route.
Discrètement,sans me faire remarquer du gardien, je pénètre à l'intérieur et recherche mes copains. Personne, connaissant Jean-Marie, il s'est
sûrement installé avec Gilles à l'extérieur du camp. J'angoisse qu'en même un peu. Seraient-ils partis sans moi? Je
vais patienter jusqu'à demain et je dresse mon campement à flan de montagne tout près d'un ru d'eau claire. Je suis un
peu déçu de ne pas les avoir trouvé. J'ai tellement misé sur ce voyage. Malgré tout, j'ai la satisfaction d'assister à un magnifique couché de soleil qui embrase la vallée.
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un endroit pour
monter la tente. Prenant la direction de Narbonne depuis le centre ville, je m'arrête à hauteur
d'un banc où deux auto-stoppeurs se désaltèrent en
buvant un berlingot de lait. Le noir est anglais, l'autre est américain. Tout comme moi, ils viennent de se rencontrer là. L'américain, qui a la trentaine,
termine un tour du monde. Sur sa carte dépliée, il nous montre un trajet tracé au crayon. Moi aussi je suis le mien! Seulement, il n'est pas
encore significatif. Après quelques minutes de repos, l'anglais choisit de poursuivre le stop tandis que l'américain m'accompagne. Nous longeons un bon moment l'aéroport avant de découvrir un endroit favorable. La toile est piquée dans un champ d'oignons qu'apprécie mon compagnon. J'ai repéré un verger
de pruniers de l'autre côté de la chaussée. La nuit tombée, nous y tentons une irruption, juste le temps d'y remplir nos chemises.
Je n'ai pas le temps de me reposer qu'il repart et creuse un nouvel écart. Contraint de s'arrêter une nouvelle fois, je le rattrape et m'écroule sous mon
fardeau bien décidé d'en rester là. Depuis le départ, nous venons de parcourir au moins six kilomètres et mon gaillard est encore tout aussi frais.
La traversée de Narbonne se
passe sans problème alors qu'une longue file de voitures nous attend à l'entrée de Béziers. Des marchants de glaces en profitent pour proposer des rafraîchissements. Sorti de ce bouchon en début d'après-midi, l'auto roule maintenant en direction de Montpellier. Soudainement, sans prévenir, c'est la panne. L'Alpha Roméo nous laisse
choir et termine la journée dans un garage.
Restant un peu sur ma faim, je reprends le stop en direction d'Arles. Malgré une
longue attente, la chance ne tarde pas à revenir avec une Fiat. Le conducteur, un boucher, me propose de me conduire à St-Tropez. Durant le trajet, la chaleur se fait de plus en plus
étouffante. Une pause dans un troquet serait la bienvenue. L'arrêt permettra à la bobine de se refroidir puisqu'elle a tendance à
s'échauffer.
Hyères, et le Lavandou. Une petite faim assaille mon chauffeur qui a la bonne idée de m'inviter dans une
pizzeria. Dehors c'est la fête, le grand cirque
Amar a monté son chapiteau pour la soirée.
et Antibes, une femme en 404 Peugeot me dépose à l'entrée de Nice. La Promenade des Anglais est immense. Je dois rejoindre la corniche à
l'autre extrémité. Le soleil est brûlant. Bientôt de grosses gouttes perlent sur ma jeune peau blême. Quarante-cinq degrés me tapent sur la tête et dix-sept kilos me pèsent sur les épaules. Mes
yeux scrutent la plage, elle me parait interminable. Au fur et à mesure que mes jambes flageolent, l'idée qui me trotte dans la tête se clarifie. Larguer la tente, ce serait le meilleur moyen
de m'alléger. C'est que cette toile, je l'ai achetée cinquante balles il y a quelques jours. Je ne peux tout de même pas m'en débarrasser comme ça, surtout que cette dépense représentait mon
dernier mois de salaire! Soudain, la solution m'apparaît, le fort! Le fort! Oui le fort de Nice! C'est là que mon futur beau-frère est bidasse. Si seulement je pouvais lui faire parvenir. Mais
la caserne est bien loin et je suis trop crevé pour m'y rendre. Alors, sur une table de pierre dressée sur un des balcons bordant la promenade et la plage, je dépose la tente. A l'aide d'un
morceau de craie, j'écris sur la toile ces quelques mots: <<A remettre au soldat Anger, fort de Nice>> signé <<Régis>> bien lisiblement. Il y a peu de chance qu'elle lui
parvienne, mais j'aurai tout du moins tenté quelque chose.